Ma 6ème année d'apprentissage en tant qu'investisseur - 2025
Voici mes notes sous forme de guide, contenant mes pensées, lectures, apprentissages, postmortem, réflexions que j'ai menées en 2025.
Je ne fais pas de revue annuelle sur ce qui a bien ou mal fonctionné ou de lettre aux actionnaires. Depuis l’an passé j’écris plus sur mon bilan d’apprentissage et des leçons apprises qui sont importantes à se souvenir.
Ce texte est écrit avec mes pensées, lectures, apprentissages, postmortem, réflexions que j’ai faites pendant l’année 2025. Les sections peuvent ne pas se suivre facilement, mais leur but est de servir de guide / note pour que je puisse y revenir pour les années à venir. J’espère que cela générera de la valeur pour d’autres investisseurs.
Je pense que le contexte est important. J’ai commencé l’année 2025 avec un état d’esprit extrême de préservation du capital, les marchés nord-américains étaient déjà très chers et je croyais et je le crois encore que je devais chercher à avoir un portefeuille le plus défensif possible. Ce que je veux dire par cela était des investissements que je pouvais perdre le moins possible si nous devions connaître une correction ou pour toute autre raison. Je ne cherchais pas à dénicher les investissements les plus rentables.
Pourquoi et Comment je chasse les Micro-Caps
Dans mon précédent billet, je revenais sur mes cinq premières années d’apprentissage. C’était le temps de la construction, des fondations et de la compréhension de ma propre psychologie. Mais une fois les bases posées, une question cruciale émerge pour tout investisseur sérieux : sur quelle zone de pêche ai-je l’intention de pêcher ?
L’investissement n’est pas un jeu à somme nulle, mais c’est un jeu de compétition relative. Et pour gagner, il ne suffit pas d’être bon. Il faut choisir un jeu que l’on peut gagner et avoir le plus gros avantage. Je ne me limite pas seulement au micro-cap. Je me concentre dans cette zone pour plusieurs raisons détaillées plus bas. Mais je vais continuer à être ouvert à des opportunités, que ce soit dans les small-caps ou dans les large-caps. Une autre zone sur laquelle je vais porter une attention à l’avenir et que j’ai commencé à exploiter en 2025 est les “Preferred Shares”, qui semblent apporter un lot d’opportunités occasionnelles.
La Tyrannie de l’Efficience (et comment s’en échapper)
Le choix du terrain (zone de pêche) est souvent déterminant pour notre performance en investissement surtout sur une long periode. C’est la première leçon que j’ai retenue, et peut-être la plus fondamentale. L’intelligence ne suffit pas si vous jouez à un jeu impossible. Cette zone peut changer avec les années et le cycle, dans des périodes de surévaluation je préfère la sécurité et être hyper vigilant. Dans les périodes de peur et je l’espère de très bonne opportunité, alors ma zone sera plus large.
Le Mythe du “Génie”
Commençons par une vérité qui dérange : tenter de générer une surperformance (Alpha) constante sur les grandes capitalisations (Large Caps) s’apparente à de l’arrogance statistique. Je ne dis pas que ceci est impossible mais très difficile.
Prenons une entreprise comme Apple ou Microsoft. Au moment où vous lisez ces lignes, cette entreprise est scrutée par :
Des milliers d’analystes Sell-side et Buy-side (Hedge Funds). Des algorithmes de trading haute fréquence qui réagissent aux nouvelles en quelques microsecondes. Des systèmes d’IA qui analysent le ton de la voix du CEO lors des conférences téléphoniques.
Pensez-vous réellement qu’en lisant le rapport annuel (10-K) dans votre bureau ou à la maison, dans le salon, vous allez découvrir une “information cachée” que ce bataillon d’experts et de supercalculateurs a manquée ? La réponse est surement non.
Dans cet univers, le marché est plus proche d’être “efficace”. Les prix reflètent quasi instantanément toute l’information disponible. Acheter une Mega-cap, c’est acheter un consensus. Si vous avez raison, vous gagnez ce que le marché gagne. Si vous voulez “battre” le marché ici, vous devez avoir une vision contrariante qui se révèle juste contre des millions d’autres cerveaux. C’est possible, il arrive quelques occasions comme META en 2022 mais c’est épuisant et rare.
La Loi des Grands Nombres et l’Anomalie des Foules
Il y a une étrange dissonance cognitive chez l’investisseur particulier. Des millions de personnes investissent leurs économies dans les mêmes 10 ou 20 actions les plus populaires.
Est-ce une bonne chose ? Pour la sécurité du capital, peut-être. Pour la performance exceptionnelle, c’est un piège. Lorsque des millions d’investisseurs et des milliards de dollars de flux passifs (ETF) s’agglutinent sur les mêmes titres, les prix ont tendance à se déconnecter des fondamentaux pour s’aligner sur la liquidité. On se retrouve souvent avec des valorisations “priced for perfection”. La moindre déception entraîne une correction violente, et le potentiel de hausse est mathématiquement limité par la loi des grands nombres (une entreprise de 3 Trillions ne peut pas doubler aussi facilement qu’une entreprise de 30 millions).
Pour trouver des marchés “inefficients”, nous devons quitter les autoroutes illuminées de Wall Street et nous aventurer sur les chemins de terre.
La Fuite vers l’Obscurité : Micro, Nano et Pink Sheets
L’efficience du marché n’est pas une constante c’est une courbe. Plus vous descendez dans la capitalisation boursière, plus l’efficience s’effondre. C’est ici que je crois que se trouve notre avantage, surtout en tant que petit investisseur privé. Pourquoi ? Imaginez un fonds de pension ou un Hedge Fund gérant 10 milliards de dollars. Pour que ce fonds investisse dans une position qui a un impact sur son portefeuille (disons 1%), il doit déployer 100 millions de dollars. Il ne peut pas investir dans une magnifique entreprise canadienne ou américaine qui vaut 50 millions de dollars au total. Il deviendrait propriétaire de l’entreprise entière avant même d’avoir déployé 1% de son capital. De plus, ses règles de conformité (compliance) lui interdisent souvent de toucher aux actions sous les 5$ ou cotées sur les Pink Sheets (marchés de gré à gré).
Dans le monde des micro-caps et des nano-caps :
Vous ne compétionnez pas contre Goldman Sachs ou Renaissance Technologies.
Vous ne compétionnez pas ou très peu contre des personnes qui ont fait des études avancées dans le domaine avec plus de 15 ans d’expérience et qui utilisent des outils qui leur donnent un avantage sur vous.
Vous compétionnez contre le dentiste qui trade sur son téléphone entre deux patients, ou contre un fonds familial fatigué qui détient la ligne depuis 10 ans sans regarder les chiffres.
Dans ce monde, les prix sont souvent inefficients. Ils s’écartent souvent de la valeur intrinsèque (surévaluer comme sous-évaluer). Une entreprise qui vaut 60 millions peut se trader à 20 millions simplement parce qu’elle est “ennuyeuse”, “trop petite”, une capitalisation trop compliquée avec des actions A et B et un mélange de preferred share, ou qu’un gros actionnaire a dû vendre pour payer ses impôts, écrasant le prix sans raison fondamentale.
C’est là que le travail d’analyse paie. Lire un rapport annuel de 20-40 pages (l’un des avantages des micro-caps sont les petits rapports. Parce qu’ils sont beaucoup moins compliqués que les sociétés de 10 milliards), sur une société que personne ne suit, vous donne un avantage informationnel réel, tangible et exploitable.
Sans oublier que les prochains 100-Baggers se trouvent dans les micro-caps. Les nouvelles inventions, produits commencent tous dans les micro-cap et être capable de les identifier très tôt nous donne un gros avantage.
Il n’y a pas de prix pour la complexité
L’un des plus grands obstacles psychologiques à franchir pour un investisseur (ceci m’inclut aussi) est le besoin de validation intellectuelle, ou de ne pas se sentir stupide publiquement.
Nous avons tous tendance à vouloir trouver la meilleure idée complexe : une société technologique que nous ne comprenons pas, le projet minier avec un potentiel incroyable ou la société de biotechnologie révolutionnaire. Pourquoi ? Parce que cela flatte notre ego. Cela fait de nous des gens intelligents. Mais surtout, nous donne l’espoir d’un gros gain rapidement et rêvons de pouvoir prendre notre retraite plus tôt avec ses investissements.
Le marché ne donne aucun prix pour la complexité. Le marché se fiche éperdument de la difficulté de votre thèse, pire encore, elle sera difficile à découvrir, sauf si en temps d’euphorie ou l’histoire est plus importante que les fondamentaux.
Par exemple, si vous passez 200 heures à modéliser une banque complexe et qu’elle fait +100%.
Ou si vous passez 20-30 heures à identifier une petite entreprise industrielle qui se trade à 6x les profits et qu’elle fait +100%.
Laquelle est la meilleure idée?
La performance absolue est la seule chose qui compte. Personne ne vous demandera si votre argent vient d’une thèse sophistiquée sur Nvidia ou d’une entreprise qui développe et produit des produits nutritionnels pour animaux dans le Midwest. Je ne cherche pas à devenir le “meilleur analyste des Mega-caps”. Mon objectif est de devenir l’investisseur avec la meilleure performance absolue, même si mes investissements peuvent sembler obscurs, illiquides ou ennuyeux pour le grand public.
C’est en acceptant de jouer là où les autres ne veulent pas (ou ne peuvent pas) aller que l’on peut surperformer les marchés sur une longue période.
La liquidité d’un titre
Une des choses importantes que j’ai apprises en 2025 est la liquidité. Si l’efficience est l’ennemi stratégique, la liquidité est le piège tactique. Dans le monde des grandes capitalisations, la liquidité n’est pas un problème. Vous voulez acheter pour 100 000 $ d’actions Amazon ? Vous cliquez sur un bouton, et c’est fait. L’impact sur le cours est nul, le spread est une fraction de centime.
Dans le monde des micro-caps, la liquidité est rare voir null pendant plusieurs jours. Parfois, il y a une oasis, parfois c’est la sécheresse totale. Comprendre cette “mécanique des liquidité” est important. Nous sommes heureux d’être le seul côté Bid quand nous sommes acheteurs mais rendu côté Ask ceci devient très désagréable.
Il existe plusieurs outils pour surveiller le Level 2 qui sont plutôt chers, surtout si vous investissez sur plusieurs marchés. Mais il existe des solutions à faible coût pouvant être offertes par votre courtier. De mon côté j’utilise Stockwatch pour quelques besoins et un de mes 4 brokers m’offre le Level 1 & 2 “gratuitement” (nous devons avoir un portefeuille d’une certaine taille chez le courtier) pour le TSX et TSX-Venture. Pour le marché américain, j’ai un autre courtier pour cela.
Pour m’aider à suivre ce Level 1 et 2 sur des stocks avec très peu de liquidité que je cherche à acheter ou vendre. J’utilise des alertes basées sur le Bid ou Ask, j’utilise des alertes sur le volume offert, etc. Cela m’a déjà permis en 2025 de faire une très bonne affaire quand une personne a voulu acheter et une autre vendre avec un très gros bloc à une offre que je ne pouvais pas laisser passer.
Mon apprentissage des systèmes m’a aussi permis d’apprendre comment une ordre d’achat ou de vente peut être envoyée à des ATS (Alternative Trading System) qui auront une influence sur la réussite de nos achats ou ventes. Ceci, je l’ai appris tôt et m’a été d’une grande aide en 2025. Voilà la raison pour laquelle j’utilise plusieurs courtiers (bientôt 5). Quand je place mon achat sur 4 courtiers différents qui n’ont pas de lien ensemble (ceci est important), nous avons plus de chance d’être l’acheteur. Un courtier, par exemple RBC, a plus d’avantages à faire la transaction entre clients RBC.
Le Péage Invisible : Spread et Level 2
La première chose qui surprend en descendant dans les micro-caps, c’est la violence du Spread Bid/Ask. Sur une Penny Stock ou une petite Micro-Cap, il n’est pas rare de voir un acheteur (Bid) à 0.40 et un vendeur (Ask) a 0.45. Cela représente un écart de 12.5%. Si vous changez d’avis une seconde plus tard pour revendre (au Bid), vous avez perdu 12.5% de votre capital. C’est une taxe d’entrée colossale que vous devez surmonter par la performance fondamentale de l’entreprise. Alors il faut maîtriser la lecture du Level 2 (la profondeur du carnet d’ordres et l’historique). Vous ne pouvez pas investir aveuglément. Vous devez voir :
Qui est en face ? Est-ce un “Market Maker” algorithmique qui joue avec le spread pour capturer quelques centimes ? Ou est-ce un investisseur réel, fatigué, qui cherche à liquider une grosse position?
L’historique des transactions : Regardez les volumes passés. Si l’action transige 10 000 $ par jour en moyenne et que vous voulez investir 50 000 $, vous ne pouvez pas entrer en une fois. Et placer votre achat tout d’un coup peut faire venir un acheteur motivé et acheter votre bloc tout d’un coup. Mais une chose que j’ai apprise, quand nous sommes seuls ou très peux coter Bid est le pouvoir de faire descendre le prix en notre faveur. De faire venir les vendeurs de notre côté.
Un vendeur motivé qui surveille le titre pour en sortir surveillera souvent le Level 2, alors vous pouvez placer vos achat en plus petit bloc, par exemple 5 bloc de 10 000$ pour chercher à faire descendre le prix du vendeur. Acheter ou vendre dans les micro-cap demande quelquefois de la patience et j’ai commis cette erreur d’impatience en 2025. Nous devons attendre que le vendeur vienne à nous, et non le contraire. La patience d’exécution est une vertu financière.
Ceci n’est pas vrai pour tous les micro-cap, mais quand cela arrive, il est important de se souvenir de quelques trucs pour augmenter notre EV.
Le discount pour manque de liquidité
Dans les livres classiques (type Benjamin Graham), la “Marge de Sécurité” sert à nous protéger si notre analyse de la valeur intrinsèque est fausse. Dans les micro-caps, cette définition évolue. La marge de sécurité devient aussi une protection contre l’illiquidité. Nous devons ajouter un discount pour ce manque de liquidité, qui peut être seulement de 5% à plus de 50% de la valeur. Imaginez le scénario du pire : la thèse est invalidée, une mauvaise nouvelle tombe, et vous devez sortir. Dans une micro-cap, quand tout le monde veut sortir, la porte est minuscule. Le Bid disparaît. L’action peut chuter de 30 % ou 50 % avec un volume ridicule simplement parce qu’il n’y a aucun acheteur.
J’ai commis cette erreur au début de l’année 2025 et cela m’a fait perdre environ 50 % de mon investissement. J’avais estimé que le discount pour le manque de liquidité n’était pas important pour cet investissement, une grosse erreur. J’ai dû rapidement vendre et le côté Bid ne pouvait supporter la pression des vendeurs. C’est pourquoi le prix d’achat initial est vital et le sizing de la position dans le portefeuille.
Pour résumer, une marge de sécurité c’est bien, mais nous devons aussi ajouter un discount pour le manque de liquidité. Je dois acheter à un prix qui intègre ce discount d’illiquidité en cas de vente forcée à un autre investisseur qui demandera normalement ce discount. Si je n’ai pas cette marge à l’entrée, alors le futur acheteur risque de me la charger coter Bid.
La Prophétie Auto-Réalisatrice du Silence (Saisonnalité)
Il existe un phénomène psychologique fascinant qui dicte le rythme des micro-caps, particulièrement au Canada et dans les secteurs des ressources naturelles (les “Juniors”).
Histoire d’un PDG d’une société d’exploration minière. C’était le milieu de l’été, le cours de son action stagnait, et il était visiblement frustré :
“C’est le milieu de l’été et rien ne se passe. Les investisseurs pensent qu’on est en vacances. Ce n’est pas vrai ! Il se passe beaucoup de choses : on fore, on analyse les échantillons, on négocie des accords, on prépare des levées de fonds. Mais ce qui ne se passe pas, c’est le flux d’informations.”
Pourquoi ? C’est une prophétie auto-réalisatrice, un cercle vicieux de la communication financière :
Le marché est calme (été ou période de Noël/Vente à perte fiscale). Les volumes sont bas car les investisseurs sont au chalet ou en famille.
L’entreprise a peur. Le CEO hésite à publier une excellente nouvelle (un bon résultat de forage, un nouveau contrat) dans ce vide, de peur que la nouvelle ne soit ignorée (”tombée dans l’oreille d’un sourd”) et ne fasse pas bouger le cours.
La rétention d’information. L’entreprise décide de “garder la nouvelle” pour l’automne ou janvier, quand le volume reviendra.
La stagnation. Le marché, ne voyant aucune nouvelle sortir, suppose qu’il ne se passe rien de bon ou que le projet est mort. Le prix s’érode lentement par ennui.
Ce cycle crée des périodes de dépression artificielle des cours, souvent en août ou en décembre (pendant la “Tax Loss Season” où les gens vendent leurs perdants pour optimiser leurs impôts).
L’Opportunité pour l’Investisseur Actif Pour moi, c’est une aubaine. La plupart des investisseurs achètent le bruit (les nouvelles). Nous devons acheter le silence. Si vous avez fait vos devoirs, que vous connaissez le management et que vous savez que l’entreprise travaille dur en coulisses, ce silence est votre meilleur ami. C’est le moment où l’écart entre la réalité opérationnelle (ça avance) et la réalité boursière (ça dort) est le plus grand.
C’est dans ces creux de liquidité et de nouvelles que l’on accumule les positions, en attendant que le barrage d’informations cède et que le marché se réveille enfin.
Il existe maintenant des outils disponibles publiquement à prix abordable pour obtenir des informations d’avance. Pour continuer avec l’exemple de la mine plus haut, nous pouvons utiliser Skyfi. Un service de renseignement terrestre spécialisé dans l’imagerie et l’analyse satellitaires sur demande. En quelques clics, vous pouvez obtenir (après un certain temps) une image d’une bonne qualité d’une région du globe pour environ 1500$. Par exemple, si entre 2 images, vous voyez la zone de la mine avoir 5 fois plus de voitures et d’équipement, cela peut être signe de bonnes nouvelles à venir.
Le Facteur Humain (Parier sur le Jockey)
J’en avais parlé dans mon précédent article (5 ans d’investissement), mais c’est tellement important que je dois en parler et surtout de mon apprentissage. L’analyse du management est un art sous-estimé mais très difficile à acquérir. Et nulle part cet art n’est plus critique que dans l’univers des micro-capitalisations. J’ai encore très peu d’expérience dans ce domaine et je crois que je vais avoir besoin de plus de 10 ans pour devenir bon à ce sujet.
Investir dans une Mega-cap comme Microsoft ou Johnson & Johnson, c’est investir dans un système, une marque, une douve (moat) économique. Si le PDG est médiocre, l’inertie de la structure et la force du bilan permettront à l’entreprise de survivre, voire de prospérer, pendant des années avant que les dégâts ne soient visibles. C’est un paquebot : il faut des kilomètres pour changer de cap.
Une micro-cap, en revanche, est un hors-bord, parfois même un simple radeau. Le capitaine (CEO) a les mains directement sur le gouvernail. Un coup de volant brusque, une erreur de jugement ou un manque d’éthique, et c’est le naufrage immédiat. À l’inverse, un pilote visionnaire peut transformer ce radeau en yacht en un temps record. Dans les micro-cap, nous ne parions pas seulement sur le cheval (le business model), nous parions avant tout sur le jockey.
L’Incompétence est aussi coûteuse
Quand on parle de risques dans les micro-cap, on pense immédiatement au loup de Wall Street : la fraude, le vol, les “Pump and Dump”. C’est un risque réel, mais il est souvent plus facile à identifier par rapport à un risque beaucoup plus insidieux et répandu : l’incompétence honnête.
Le monde des micro-caps est rempli de dirigeants “gentils”, honnêtes, mais totalement incapables de faire passer leur entreprise à l’étape supérieure. Ou de débloquer la valeur rapidement.
Ils sont excellents techniquement (géologues, ingénieurs, inventeurs), mais désastreux financièrement. Ils manquent de vision stratégique pour le marketing ou l’allocation de capital. Ils se contentent de gérer le statu quo.
Le résultat pour l’actionnaire est de la Dead Money. L’entreprise ne fait pas faillite, mais elle fait du surplace. Le cours de l’action stagne pendant des années et le coût d’opportunité tue à petit feu. Nous avons besoin d’un management qui a la motivation et la compétence pour créer de la croissance, pas juste pour “gérer la boutique”.
Nous devons être stricts à ce sujet et couper rapidement notre position si nous pensons que le management en place est ce type de personne. Le gros risque est de ne pas être capable de l’identifier tôt pour rapidement vendre. Et cela m’est déjà arrivé quelquefois et m’arrivera encore pour plusieurs années parce qu’il m’est difficile de l’identifier avec peu d’interaction avec le management.
L’Alignement du management
Je n’avais pas parlé de ceci dans mon précédent article (5 ans d’investissement), car c’est sûrement une chose déjà bien comprise par plusieurs investisseurs. Le suivi des achats et ventes des Insiders a de sont importance. Il existe plusieurs outils, qu’ils soient gratuits ou payants, mais une leçon apprise ces dernières années est de toujours utiliser la source officielle. Les autres solutions peuvent avoir un délai, des bugs ou des problèmes qui peuvent vous empêcher d’avoir l’information à jour, juste et le plus rapidement possible.
Lors de ma première phase d’analyse d’une société, je commence par examiner le proxy statement (section : rémunération des dirigeants). Je n’ai pas investi sur plusieurs investissements à cause d’un mauvais alignement (de mon point de vue) qui semblaient très prometteurs et qui ont connu un bon succès, comme de mauvaises fins. Cela me semble crucial pour bien dormir et espérer que le management travaille pour les actionnaires. Les catégories de micro-caps que je fuis comme la peste : les “Lifestyle Companies”. Le CEO gagne 500 000 $ par an pour diriger une société qui vaut 10 millions sans grande croissance, avec de faible marge. Pour lui, l’entreprise est une réussite : elle paie son hypothèque, sa voiture et ses voyages de luxe. Pour moi, c’est une machine à détruire de la valeur.
Pas seulement dans les situations spéciales mais très importantes sur des dossiers d'arbitrage, fusion et spin-off. Je dois porter une attention au "Tax Gross-Ups" et aux clauses de changement de contrôle.
La Diligence Raisonnable sur le Management (Forensic HR)
Avant d’investir un seul dollar, je me transforme en recruteur paranoïaque. Je ne me contente pas de la bio lisse sur le site web de l’entreprise (”M. X a 20 ans d’expérience...”). Je creuse.
Voici quelques éléments de ma checklist pour le CEO, CFO, COO, Chairman, etc.. :
Le “Track Record” réel : Ont-ils déjà créé de la valeur pour des actionnaires par le passé ? Ou ont-ils une longue liste d’entreprises qui ont fini à zéro sous leur direction ? L’histoire a tendance à se répéter.
L’Intégrité académique et professionnelle : Quelle est leur formation ? Ont-ils fréquenté des institutions sérieuses ? (Ce n’est pas du snobisme) Un CFO qui ne comprend pas les subtilités comptables est une bombe à retardement.
La réputation du management dans l’industrie est importante. Je cherche des interviews, des feedbacks d’anciens employés, par exemple sur Glassdoor.
Surveillez aussi les dossiers de poursuite contre un membre du board ou du management, plusieurs services existent gratuitement ou à faible coût. (CourtListener ou OffshoreAlert)
Ceci m’a été très utile dans un investissement que je n’ai pas fait à cause de poursuites contre le CEO et Chairman. L’investissement était de type deep-value et a fait une performance de plus de 100% en quelques mois. Mais cela ne me dérange absolument pas. J’ai fait mon travail et je ne pense pas avoir raté une occasion. Seulement que d’autres investisseurs n’ont peut-être pas bien fait la leur.
Ensuite verification de la composition du board.
Dans les petites capitalisations, les règles de gouvernance sont souvent lâches. Le conseil d’administration est souvent composé des amis du CEO. Il y a peu de contre-pouvoirs.
En tant qu’actionnaire minoritaire, nous somme vulnérable. Lorsqu’il y aura une opportunité de financement, le management va-t-il se l’attribuer à des conditions préférentielles (s’émettre des actions à rabais) ou vont-ils protéger l’intégrité de la structure du capital pour tous ? Si j’ai le moindre doute sur l’éthique du management, je passe mon tour. Peu importe si les actifs sont sous-évalués de 80 %. Un management malhonnête trouvera toujours un moyen de transférer la valeur des actifs de la société pour son bénéfice.
Cela date de 2 ans je crois, mais j’avais analysé une société d’environ 500 millions qui avait un jet privé et qui avait été prouvé que la femme et les enfants du CEO utilisaient le jet à des fins personnelles. Le board était sous le contrôle du CEO, alors c’était presque mission impossible pour un activist. Ou une autre histoire bien connue des investisseurs des Pink Sheets en 2025, une société avait fait l’acquisition de bien immobilier en Floride ou à Las Vegas et le CEO utilisait les maisons pour ses vacances ou à des fins personnelles aux frais des actionnaires.
Le Détective Sceptique Optimiste
Une fois l’investissement réalisé, la plupart des investisseurs commettent une erreur fatale : ils tombent amoureux de leur position. Ils entrent en mode “supporter sportif”, ne lisant que les nouvelles positives et rejetant toute critique comme étant du “FUD” (Fear, Uncertainty, Doubt).
Dans le monde des micro-caps, l’optimisme aveugle est dangereux. Pour survivre et réussir à surperformer, nous devons adopter une tout autre mentalité : celle du détective paranoïaque, ou plutôt un sceptique optimiste. Je ne cherche pas seulement les points négatifs mais à balancer les bonnes nouvelles avec des critiques constructives, à être sceptique et remettre en question.
Chercher la Faille / Risque
Encore une fois, cet article est écrit avec mes notes passées. Je ne me souviens plus dans quel article (Substack) j’ai trouvé cette quote de George Soros, mais voilà j’adore et j’ai le même processus pour mes investissements.
George Soros a une approche contre-intuitive de la conviction. Il ne cherche pas à se prouver qu’il a raison. Il cherche désespérément à prouver qu’il a tort.
“Je cherche la faille dans chaque thèse d’investissement. Quand je la trouve, je suis rassuré... Mon sentiment d’insécurité est satisfait quand je sais quel est le défaut. Ça ne me fait pas jeter la thèse. Au contraire, je peux la jouer avec plus de confiance parce que je sais ce qui ne va pas alors que le marché ne le sait pas.” — George Soros
Si vous ne connaissez que les aspects positifs d’une entreprise, à la première baisse de 20 % du cours, vous allez paniquer. Vous ne saurez pas si c’est une opportunité d’achat ou le début de la fin.
En revanche, si vous avez identifié la faille (par exemple : “Leur plus gros client représente 30 % du CA et le contrat se termine en décembre”), vous surveillez ce point précis. Tant que ce risque ne se matérialise pas, vous êtes serein. Vous avez “pricé” le risque. Vous êtes en avance sur la courbe.
Trouver de potentielles achat des Insiders avant les autres
Il est facile d’identifier les brokers que les Insider utilisent sur des sociétés illiquides. Avec les documents de leur transaction publique, nous pouvons retrouver le jour et même l’heure de leur achat pour trouver le courtier utilisé. Ceci est une information banale, mais cela peut nous aider à identifier de potentiels achats d’insiders en avance.
Par la suite, avec un service comme Stockwatch qui vous offre l’historique des transactions par courtier à faible coût, il ne reste plus qu’à faire un peu de recherche manuelle. J’ai réussi à le faire sur quelques dossiers, mais pour le moment cela ne m’a apporté aucune valeur. Mais comme tout avantage informatif, cela peut ne pas être utile tout le temps, mais un jour cela sera peut-être très utile et payant.
L’Information Publique mais Ignorée
Dans les grandes capitalisations, l’information est universelle. Si Apple perd un procès, l’information est intégrée dans le prix en 0,5 seconde par des algorithmes.
Dans les micro-caps, l’information est publique, mais ignorée. C’est une nuance gigantesque. L’information existe. Elle est là, quelque part sur Internet, dans un registre gouvernemental ou dans un journal local. Mais comme personne ne regarde, le prix de l’action ne la reflète pas encore. C’est là que réside notre avantage (Edge) comme investisseur dans les micro-cap.
Notre travail consiste à trouver cette information avant qu’elle ne soit résumée dans un communiqué de presse officiel.
Exemples de travail de détective (Scuttlebutt) :
Les données alternatives : Pour une entreprise de commerce de détail ou d’e-commerce, ne vous fiez pas aux promesses du CEO. Suivez le trafic web (SEMrush), le nombre de téléchargements d’applications, ou même les images satellites. Ou par exemple suivre l’évolution du prix du “blood meal” via le site de l’USDA.
La surveillance des réseaux sociaux : Nous pouvons trouver de bonnes informations utiles sur LinkedIn ou d’autres réseaux qui ne méritent pas de press release. Par exemple la livraison de commande ou la signature de petit client.
La surveillance juridique : Utilisez des outils pour scanner les nouveaux litiges (comme écrit plus haut : CourtListener, OffshoreAlert, etc...). Une micro-cap peut être attaquée en justice par un fournisseur ou un concurrent sans le divulguer immédiatement. Si vous trouvez le dossier au tribunal avant le marché, vous pouvez sortir avant le crash.
Les interviews d’anciens employés ou d’experts : Chercher à parler avec d’anciens employés ou des experts en lien avec la société. Que ce soit des amis, connaissance ou via les interviews Tegus, c’est une mine d’or d’informations qui peut vous donner un gros avantage à court terme. Et sur le long terme, les connaissances acquises sur différentes industries sont très utiles pour une carrière d’investisseur.
L’analyse forensique des employés : Allez sur Glassdoor ou LinkedIn. Une vague de départs chez les ingénieurs clés ? Des avis d’employés se plaignant?
Les registres locaux : Pour une société minière ou immobilière, les permis sont souvent publics sur les sites des municipalités ou des comtés. Vous pouvez savoir si un forage a été approuvé ou refusé des semaines avant que l’entreprise ne rédige son communiqué.
Suivre les ventes immobilières : Par exemple, utiliser les sites des courtiers immobiliers pour suivre l’évolution d’une vente d’un bien immobilier. Les agents sont très rapides pour changer une annonce à vendre, bien avant que le press release sorte. (N’appelez pas les agents pour obtenir l’information, vous serez le 100em à le faire et ils sont habitués à ne pas répondre.)
Cette liste pourrait encore s’allonger, mais je préfère m’arrêter ici pour garder mon avantage. 😁
L’Active Monitoring : Construire son Tableau de Bord
L’investissement passif (”Buy and Hold”) fonctionne rarement si nous voulons réussir à avoir des rendements exceptionnels. Nous devons être en mode “Active Monitoring”. Je ne me contente pas de consulter le prix ou le rapport trimestriel pour chaque position dans mon portefeuille. Je crée un Dashboard de KPI spécifiques à la thèse. J’utilise l’application Notion pour ma prise de note, le suivi de tout ce qui touche à la société. Et comme développeur logiciel, j’ai des skills qui me permettent de développer des dashboard qui peuvent suivre des metrics spécifiques. Par exemple, sur un investissement, je suis capable de suivre en temps réel le nombre de ventes faites par un e-commerce et cela me donne un avantage pour estimer les prochains trimestres.
Par exemple si ma thèse (catalyseur) est : “Cette entreprise va augmenter sa production dans son usine X”, je ne regarde pas le bénéfice net global. Je cherche à tracker :
Les volumes de production mensuels. Si c’est une amélioration d’une usine existante, alors de combien cela devrait augmenter?
Le coût des matières premières. Comme dit plus haut, utiliser toute information alternative.
Les offres d’emploi pour l’usine X ou la région.
Cela permet de pouvoir estimer les prochains trimestres et d’arriver préparé. Nous pouvons prendre des décisions d’achat ou de vente basées sur des chiffres et non sur des émotions. Si les KPI virent au rouge, je vends. Si les KPI sont verts mais que le prix baisse, j’achète.
Voici un de mes dashboards personnels fait avec Apache Superset. Qui permet de ne plus avoir besoin de télécharger le dernier PDF afin de vérifier les nombres et mettre à jour mon fichier Excel. Cela est automatisé et peut être suivi facilement sur le long terme. Je sais que ceci n’est pas à la portée de tout le monde, je veux seulement démontrer que vous devez utiliser vos skills pour augmenter votre avantage. Et avec l’IA, il est rendu plus facile de faire ce type de dashboard.
L’Active Monitoring augmente l’Expected Value
Le fait de bien suivre mes investissements et de rester en mode active monitoring me permet d’augmenter mes chances de rendement. Cela réduit mon risque et me permet de réduire le % alloué au scénario bear. Cette méthodologie va bien au-delà de la simple protection. Elle augmente mathématiquement mon Expected Value.
Dans les micro-caps, les mouvements sont violents. Une bonne nouvelle peut faire faire +50 %, une mauvaise -50 %. Si votre travail de détective vous permet de : Vendre 2 jours avant une mauvaise nouvelle (éviter le -50 %). Ou d’acheter 2 semaines avant que le marché ne comprenne une bonne nouvelle (capturer le +50 %).
Vous ne faites pas qu’améliorer votre rendement marginalement. Vous changez la nature même de votre courbe de capitalisation. Vous coupez la queue gauche de la distribution (le risque de ruine) tout en maximisant la queue droite (le potentiel explosif). C’est ça, le vrai travail d’un investisseur dans les micro-cap qui veut avoir le meilleur avantage. C’est de l’investigation privée appliquée aux marchés financiers.
2025
Pour conclure, j’ai beaucoup appris pendant l’année 2025. J’ai commis de nombreuses erreurs, l’année a été très difficile pour moi côté investissement et je n’ai pas réussi à atteindre mes objectifs de rendement.
Je termine l’année 2025 avec un rendement de 24% et mon IRR depuis le tout début a descendu à 27% (6y). Je suis déçu de mon année, non pas pour le rendement, même s’il est plutôt normal si on prend en considération que le TSX (Canada) a fini l’année (2025) à plus de 29%. Ma déception est causée par plusieurs erreurs, des mauvais investissements de type value (ce type d’investissement représentait une grande portion de mon portefeuille) qui m’ont coûté plus de 20 % de ma performance de 2025 et mon choix d’être en mode défensif causé par des marchés nord-américains sur-évalués. Je vais réduire mon nombre d’investissement de type value et de situations spéciales au strict minimum pour 2026, même si je dois garder une plus grosse portion en cash.
En 2025, je devais rouler une grosse portion (~20%) de mon portefeuille aux 2-3 mois sur plusieurs situations spéciales par manque de bonne idée d’investissement de qualité. Les situations spéciales ont augmenté mon Turnover.
Pour la suite
Je me considère toujours comme un investisseur débutant, mais je pense être arrivé à un stade où je peux être plus confiant dans mes décisions. Faute de formation dans ce domaine, je suis contraint de rattraper mon retard par rapport à tous les investisseurs professionnels. Je vais continuer à lire davantage sur l’investissement et à expérimenter autant que je le peux. J’espère atteindre un niveau similaire à celui d’un professionnel d’ici ma 10ème année.
Si je fais une rétrospective depuis le début (2019), mes investissements les plus marquants étaient de type Graal. Ce sont des investissements qui cochent toutes mes cases de ma checklist, et surtout qui ont un gros potentiel de croissance avec un bon ROIIC. Si seulement j’avais eu un portefeuille de seulement 4-6 titres dans ce type de société, j’aurais pu obtenir un IRR/CAGR de plus de 47%. Mais je ne crois pas que ceci soit intelligent avec le peu d’expérience que j’avais par le passé. J’ai toujours eu entre 9-18 positions en portefeuille, mais avec l’expérience, je pense focaliser plus mes investissements de type Graal et me concentrer davantage.
Je tiens à mentionner que je n’ai jamais utilisé de levier et ceci sera quelque chose que je vais commencer à utiliser pour 2026. Je pense avoir beaucoup appris depuis 6 ans et être bien positionné pour utiliser le levier intelligemment. Je pense utiliser maximum 20 % de levier pour m’aider à booster mon rendement.
Une autre chose que j’ai commencé à expérimenter depuis 2025 est la vente à découvert. Ceci sera une nouvelle zone d’investissement pour 2026 qui me semble très prometteuse dans un marché surévalué. Et ceci me permettra d’être moins stressé sur ce marché surévalué si j’ai une exposition à la baisse via quelques shorts. Je me concentre présentement sur des small-cap et mid-cap pour ce type d’investissement. Les micro-cap offrent quelques opportunités que j’ai identifiées mais souvent très risquées avec le manque de liquidité.
Et depuis fin 2025 j’ai commencé à regarder le marché européen, je n’ai jamais voulu investir dans d’autres pays parce que je ne connais pas la culture du pays, le manque de temps d’apprendre et suivre une nouvelle zone d’investissement. Mais pour le moment je crois ne pas avoir le choix que de commencer à y investir graduellement jusqu’à temps que je trouve de bonnes opportunités Canadian ou US.
Max





Bravo pour la perf et bienvenue sur le marché européen !